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Une poignée d’individus confisque progressivement l’aide au Sud, délaissée par les Etats... ou la solidarité à la sauce Bill Gates


Mots-Clés / Humanitaire

Le 26 juin dernier, les deux individus les plus riches du monde ont fait l’actualité ensemble. Le premier, Bill Gates, dirige une fondation caritative à laquelle le second, Warren Buffett, a promis une grande part de sa fortune. La 16e conférence mondiale sur le sida  , ouverte le 13 août à Toronto, a confirmé le rôle de plus en plus important joué par les fondations privées dans l’aide internationale ( Libération du 14 août) : la fondation Gates a annoncé un don de 500 millions de dollars sur cinq ans au Fonds mondial contre le sida  . A première vue, la générosité de ces philanthropes peut sembler une bonne nouvelle pour tous. Pourtant on sent bien, confusément, que quelque chose ne tourne pas rond. La fortune de Bill Gates, fondateur de la multinationale informatique Microsoft, s’élève à 50 milliards de dollars. Elle fut acquise grâce à une démarche très agressive dans le but d’imposer partout dans le monde un système d’exploitation (que les mots sont cruels !) et des logiciels très coûteux et loin d’être parfaits. Celui qui achète aujourd’hui un ordinateur grand public est pris dans le piège Microsoft, et il faut une volonté de fer pour en sortir. Il rejoindra les millions d’individus contraints d’appuyer sur une icône « Démarrer » pour arrêter leur ordinateur... De ce fait, la fondation Bill et Melinda Gates dispose d’environ 30 milliards de dollars qu’elle consacre à l’amélioration du secteur de la santé et au développement technologique des pays pauvres. Les esprits sceptiques remarqueront que, pour boucler la boucle, ce développement se fera sans doute avec des logiciels Microsoft. La fortune de Warren Buffett, de l’ordre de 44 milliards de dollars, provient de secteurs économiques plus classiques comme l’alimentation (sodas, crèmes glacées) ou l’assurance. Sur ses vieux jours, ce « requin » des affaires a promis de donner, à terme, 85 % de sa fortune à des fondations, dont plus de 30 milliards de dollars à la fondation Gates. Un record qui ferait presque passer les Rockefeller, Carnegie ou Ford pour des petits joueurs... Avec de tels fonds propres, le budget annuel de la fondation Gates va doubler, pour atteindre environ 3 milliards de dollars. C’est cinq fois celui de l’Unesco, l’institution des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture. C’est presque autant que le budget 2006-2007 de l’Organisation mondiale de la santé (3,3 milliards de dollars)... Néanmoins, cela ne va pas suffire à colmater les brèches financières : chaque année, les gouvernements des pays en développement remboursent 200 milliards de dollars à de riches créanciers, sans doute eux aussi très généreux, au titre du service de la dette. Si le montant du don de Buffett est exceptionnel, les annonces de ce type, de la part d’individus fortunés, se multiplient. Mais cette course au gigantisme du don ne révèle-t-elle pas la faillite de l’organisation collective de la solidarité ? Sans le moindre contrôle sur l’utilisation de ces dons, le risque est grand que l’on sélectionne des projets visibles et immédiatement rentables, et que l’on fasse l’économie d’une analyse globale de long terme suffisante. Dans l’économie mondialisée, le principe même de la solidarité entre les êtres humains est en cours de confiscation par une poignée d’individus, avec la passivité complice des Etats. Après avoir considéré que tous les coups étaient permis pour faire fortune, les plus forts à ce jeu peuvent décider de la façon dont il convient de venir en aide aux plus nécessiteux sur la planète. Qui demande l’avis des premiers concernés, les plus démunis ? La lutte contre la pauvreté peut-elle légitimement être confiée aux plus riches ? Et d’ailleurs, est-ce normal que la fortune des deux personnes les plus riches au monde soit quatre fois plus importante que l’aide publique au développement annuelle des pays riches à l’égard des 50 pays les moins avancés ? La responsabilité des Etats est clairement engagée car les politiques néolibérales qu’ils appliquent depuis les années 80 sabotent tout système de sécurité sociale, les faisant renoncer à leur rôle de garant du bien collectif et de la justice sociale. En France, des initiatives comme le Téléthon, l’Opération pièces jaunes ou les Restos du coeur se substituent à l’Etat en ce domaine et font porter l’effort financier de la solidarité sur une large part de la population attendrie. L’une de ces opérations est même organisée par l’épouse du chef de l’Etat, révélant la duplicité du pouvoir politique. Les raisons qui ont permis à l’ancien patron de Microsoft et à Warren Buffett de faire fortune, et donc de paraître infiniment généreux en bout de course, sont celles qui ont plongé des milliards d’êtres humains dans le besoin et la pauvreté. La recherche maximale du profit a mené le monde dans une impasse. Avec la réduction du rôle des Etats et la toute-puissance des donateurs privés, les peuples les plus pauvres vont être contraints, comme au Moyen Age, de compter sur la générosité du seigneur protecteur ou de périr. Ce recul intolérable est orchestré en coulisses par la logique de la dette, subtil instrument d’oppression, qui organise un colossal transfert de richesses des populations du Sud vers les créanciers, en même temps qu’un transfert de la prise de décision vers le FMI, la Banque mondiale, les grandes puissances et les entreprises multinationales. Pour mettre fin au hold-up actuel sur la solidarité au niveau mondial, cet esclavage de la dette doit être aboli. Il sera alors possible de remettre en cause ce modèle économique néolibéral qui organise structurellement une injuste répartition de la richesse dont l’hyperfortune de Bill Gates et Warren Buffett ne constitue que la partie visible.

Damien Millet président du CADTM France (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde) dans le journal libération du 17 Aout 2006...


deux petites images "offertes" par votre blogmestre préféré pour illustrer cet article...


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Publié sur OSI Bouaké le vendredi 18 août 2006

LES BREVES
DE CETTE RUBRIQUE


> Une poignée d’individus confisque progressivement l’aide au Sud, délaissée par les Etats... ou la solidarité à la sauce Bill Gates
18 août 2006, par Sand   [retour au début des forums]

C’est clair qu’il y a un malaise : on en est à se demander pourquoi Gates et les milliardaires au grand coeur ne font pas des dons aux organismes existants, chargés de la solidarité internationale en matière de sida  . Pourquoi chacun aurait-il besoin de créer sa "fondation", au lieu de donner tous ces milliards au Fonds Mondial ou à l’Onusida   qui sont chargés de coordonner et rationaliser l’intervention ? Pourquoi cheviller l’aide donnée à des individus dont on ne doutent pas des arrières-pensées ? Le piège de la privatisation de l’aide humanitaire ne va pas tarder à se dévoiler, et ce sera au détriment des malades, nous pouvons en être certains. Le pire, c’est que contrairement à ce que dit cet article, si on demande leur avis aux malades des pays pauvres, ne doutons pas qu’ils seront les premiers à baiser les pieds de Bill Gates pour sa générosité... C’est aux malades des pays riches de réagir !!

> Une poignée d’individus confisque progressivement l’aide au Sud, délaissée par les Etats... ou la solidarité à la sauce Bill Gates
19 août 2006, par didier   [retour au début des forums]

Je viens de lire que Bill Gates s’est fait hué à Toronto... Il venait de déclarer "sa joie par rapport au grand succés du programme de lutte anti-SIDA   appliqué en Ouganda", programme du PEPFAR   qui repose rappelons le, sur l’abstinence et la fidélité. (voir les débats sur le sujet dans notre rubrique consacrée à la CISMA 2005)

> Une poignée d’individus confisque progressivement l’aide au Sud, délaissée par les Etats... ou la solidarité à la sauce Bill Gates
19 août 2006, par foguito   [retour au début des forums]

très bon article et très bonne lecture de la situation mondiale, car ce qu’on donne de la main gauche, on le reprend par la main sroite et vice-versa, je crois pour ma part au vue de toute ces fortunes colossales entre les mains des individus que nous allons vers l’aire où les multinationales vont règner car de plus en plus les gouvernement sont affaiblis et ou se sentent impuissants face ces multinationales qu’ils soient philantropique ou céconomiques.

> Une poignée d’individus confisque progressivement l’aide au Sud, délaissée par les Etats... ou la solidarité à la sauce Bill Gates

Ce type d’article partisan a le don de me foutre hors de moi ! (désolé Didier) Sans être d’une naïveté angélique, je ne suis pas de ceux qui croient qu’il faut refuser l’aide de quiconque sous prétexte que la main qui donne est manucurée et porte une bague de grande valeur. Si Bill Gates souhaite utiliser une infime partie de sa fortune à des fins caritatives, et bien soit ! Je me fiche de savoir s’il agit ainsi avec une arrière-pensée, c’est toujours mieux que de ne rien faire. Damien Millet est comme tous ces crypto-cocos qui bêlent contre ceux qu’ils nomment les nantis. Pour ces gens là, lorsqu’un capitaine d’industrie ou une personnalité politique (de droite) ne fait rien contre la misère du monde c’est un « salop », un « exploiteur des masses laborieuses ». S’il lance ou participe à la moindre initiative visant à aider les plus pauvres… c’est pareil !

Quand bien même la manne provenant de Microsoft serait utilisée pour rembourser les intérêts de la dette des pays pauvres, je ne trouve pas cela plus choquant que de voir le présidents autoproclamé d’un de ces pays - comme Kabila, Bakbo ou en son temps Bokassa – détourner l’argent de l’aide internationale pour s’offrir au choix : une flotte de Mercedes-Benz (afin de trimballer les membres de son gouvernement ainsi que leurs « 2ème bureau » ou des armes pour équiper la milice chargée de le maintenir au pouvoir.

Plutôt que de critiquer la démarche de Bill Gates ou de Warren Buffet, il serait de mon point de vue plus utile de militer pour un véritable droit (devoir) d’ingérence des pays donateurs dans la gestion de ces pays aux gouvernements fantoches et veules. Mais j’entend déjà Damien Millet hurler au discourt colonisateur…

L’argumentaire visant à dévaloriser les actions telles que le Téléthon, l’opération pièces jaunes, etc… est immonde. Notre auteur oubli un petit détail : un gouvernement quel qu’il soit ne peut donner que ce qu’il a, et ce qu’il a provient des impôts prélevés sur les revenus des travailleurs du pays concerné. Tant qu’à donner plus, je préfère le faire moi-même que de payer plus d’impôts.

Pour conclure, il faudrait que Damien Millet rencontre la petite Charlotte qui fut la première enfant myopathe ayant participée au premier Téléthon (elle a 22 ans aujourd’hui) et qu’il essaye de la convaincre, droit dans les yeux, de ce qu’il pense de ce type d’opération.

Pour connaître un peu Charlotte, je pense qu’elle trouverait la force de le gifler.


> Une poignée d’individus confisque progressivement l’aide au Sud, délaissée par les Etats... ou la solidarité à la sauce Bill Gates

24 août 2006, par didier   [retour au début des forums]

Salut Michel et merci de réagir sur ce blog, que je sais tu apprécies et contribue à faire connaître. Je te concède que cet article est volontairement provocateur, et c’est justement pour cela que j’ai choisi de le publier sur le blog. Il a le mérite de susciter le débat. En tout cas chez moi, il suscite une série de questions : Certes que Bill Gates et Buffet aient envie de faire du caritatif me semble louable, mais il existe des tas d’organismes tels le fond mondial, l’onusida  ...qui sont prêt à accueillir ces fonds... Oui le fait qu’il puisse être à la tête d’une fondation dont le budget est supérieur à celui de l’OMS   et dont personne ne contrôlera l’utilisation des fonds me dérange... Surtout depuis que je sais que Bill Gates soutient les projets du Pepfar   prônant l’abstinence et la fidélité au détriment de la prévention par l’usage du préservatif... Certes tout n’est pas noir, et aujourd’hui c’est lui qui finance la recherche d’un vaccin contre le palu, et cela me semble peu critiquable...

Oui je suis choqué en permanence par l’ultra libéralisme ! Attention je ne parle ni du fait d’être de "droite" ni de l’économie capitaliste... non je parle de l’économie exclusivement de marché qui dirige le monde depuis le début des années 80, celle de l’OMC qui prône le libre échange quelque soit le domaine : y compris santé, éducation... qui considère que le VIH   ou les maladies rares, orphelines ne sont pas des marchés rentables...(tu vois forcement de quoi je parle...) et qui ne soignera bientôt que les plus riches d’entre nous...

Tu as 100% raison quand tu parles des dirigeants fantoches qui dirigent hélas beaucoup trop de pays africains... (et si nous soutenons toujours directement des associations locales c’est que nous connaissons les risques d’évaporation des fonds donnés à certains états africains...) Mais je crois par contre que dans la plupart des cas, ils ne sont pas arrivés ou ne se maintiennent pas au pouvoir sans des alliés puissants (il suffit de regarder à qui profitent les contrats d’exploitation des matières premières de ces pays)

Tu me permettras d’être angélique 5 minutes pour te dire que j’aimerais beaucoup avoir une forme de démocratie plus directe ou je pourrais décider moi même de l’affectation budgétaire de mes impôts...et je pense qu’il y aurait moins besoin d’avoir recours à générosité publique pour venir au secours des malades et des démunis...

Au risque de te choquer, je pense que "les pièces jaunes" sont autant une entreprise médiatique en faveur de la famille Chirac qu’une oeuvre caritative... (je te rassure je penserais la même chose si un jour c’est François Hollande, qui s’y colle...). Et aujourd’hui le caritatif attire un tas d’"artistes" ou de personnalités en chute libre, qui veulent se refaire un coup de pub ou une image bien clean...ou est la caution d’émissions de télé abrutissantes... on peut considérer que tout le monde y gagne ? ...peut être mais permets moi tout de même de le regretter... je crache dans la soupe ? ... j’ai l’impression d’en avoir le droit je connais des artistes qui font des dons comme nous tous : de façon simple et anonyme et je préfére cela...

Pour finir, un mot sur le Téléthon, si tu connais Charlotte, je serais curieux de savoir quel gain (outre celui psychologique de savoir que des gens s’investissent, la soutiennent et pensent à elle...), ...quelles sont les améliorations dans sa vie quotidienne qui concrètement peuvent être attribuées au Téléthon ? (c’est une question sincère dont je n’ai aucune idée de la réponse, j’ai juste l’impression que le Téléthon finançe majoritairement la recherche génétique et les diagnostics pré natals, visant à réduire les naissances de ces enfants malades...j’aimerais vraiment savoir quelle est la part du budget qui est allouée à soigner et/ou à améliorer la vie quotidienne des malades...) Michel, merci encore pour ta réaction, elle est la bienvenue, ce blog est un espace de débat où les diverses idées doivent se confronter et un espace ou tout est critiquable à commencer par soi même...(et sans oublier Bill Gates... !)


> Une poignée d’individus confisque progressivement l’aide au Sud, délaissée par les Etats... ou la solidarité à la sauce Bill Gates

29 août 2006, par Sand   [retour au début des forums]

L’énormité des sommes données avec beaucoup de générosité ne doit pas pour autant anéantir notre sens critique...

> Une poignée d’individus confisque progressivement l’aide au Sud, délaissée par les Etats... ou la solidarité à la sauce Bill Gates
10 octobre 2006, par Damien Millet   [retour au début des forums]

Bonjour Je viens de tomber sur ce message et je me permets d’y répondre. Je laisse de côté les écarts de langage qui n’apportent rien, je tente de répondre sur le fond. Loin de moi l’idée de blesser la petite Charlotte, au contraire... On me dit : le don de gates, "c’est mieux que rien". Oui, c’est mieux que rien, si l’on prend comme référence l’organisation actuelle du monde, mais je ne peux pas me contenter de cela car j’ai d’autres ambitions pour ce monde. En critiquant son geste, je ne veux surtout pas plaider pour qu’il garde son argent et que rien ne change. Au contraire, je pense que c’est à la puissance publique d’agir pour organiser la solidarité collective du monde, et je pose la question de sa privatisation, ce qui ne me semble pas une bonne chose. En mettant le doigt sur ce point, je veux juste lancer la réflexion sur la question suivante : quel modèle économique peut permettre la satisfaction universelle des besoins fondamentaux ? Le modèle actuel, néolibéral, a fait la preuve de son incapacité à le faire, et le geste de gates en est au fond un révélateur. Il faut organiser une autre répartition des richesses pour que la petite Charlotte, mais aussi mon ami Arona au Sénégal ou les héros argentins du dernier film de Fernando Solanas puissent vivre dignement. C’est une question de volonté et de choix politiques. Ni coco, ni bêlant, juste à la recherche d’un monde humain et vivable. Merci de m’avoir lu. Salutations militantes

> Une poignée d’individus confisque progressivement l’aide au Sud, délaissée par les Etats... ou la solidarité à la sauce Bill Gates
11 octobre 2006, par Sand   [retour au début des forums]

Merci à vous pour ce message qui clarifie votre article pourtant déjà très clair. C’est la raison pour laquelle nous avions choisi de le publier sur notre blog, à un moment où, en pleine conférence et satisfecit général, nous recherchions des propositions alternatives à la privatisation de la lutte contre le sida  . Le CADTM est proposé en liens sur notre blog depuis longtemps et n’hésitez pas à nous faire partager les options qui sont les votres... Et les notres !! Merci encore, Sandrine Dekens