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RDC : Sur le fleuve Congo, un projet de barrage géant pas très populaire



Energie. Le « Grand Inga » prête à controverse, vu la mauvaise gestion des actuels Inga I et II

De notre correspondante au Cameroun, Fanny Pigeaud, Quotidien : vendredi 8 août 2008

Le projet de construction de la plus grosse centrale hydroélectrique du monde ressort des cartons depuis quelques mois en république démocratique du Congo (RDC). Baptisé « Grand Inga », il aurait une capacité de 40 gigawatts (GW), soit plus du double de la production de l’énorme barrage chinois des Trois-Gorges (18 GW, lire ci-dessous). Il a été imaginé dès les années 70 sur les chutes exceptionnelles du fleuve Congo, à 220 km en aval de la capitale congolaise, Kinshasa. Sur le site, deux barrages, Inga I et II, ont déjà été construits. Le premier, d’une capacité de 350 mégawatts (MW) fonctionne depuis 1972, le second (1 400 MW), depuis 1982. Un troisième, Inga III (4 300 MW), devrait être construit à partir de 2010. Il intéresse plusieurs Etats voisins de la RDC, qui pourraient bénéficier de sa production.

« Indépendance ».A côté, les ambitions affichées pour Grand Inga, qui coûterait 80 milliards de dollars (52 milliards d’euros), sont sans commune mesure : la centrale fournirait de quoi alimenter 500 millions de personnes (l’Afrique compte 900 millions d’habitants) et les industries de nombre de pays du continent, dont l’Egypte. Grand Inga représente une « opportunité unique » de « promouvoir l’indépendance économique, la paix et la prospérité en Afrique », assure Latsoucabé Fall, du Conseil mondial de l’énergie (CME).

Cette organisation, basée à Londres et agréée par l’ONU  , a organisé plusieurs réunions pour mobiliser des bailleurs de fonds. La Banque africaine de développement devrait ainsi débloquer 15 millions de dollars (9,7 millions d’euros) pour financer une étude de faisabilité complète du projet.

Mais avant même que celle-ci ne soit lancée, les organisations de la société civile rappellent que la gestion, marquée par la corruption et un lourd endettement, des barrages d’Inga I et II a été désastreuse : ils ont coûté beaucoup plus cher que prévu et ne fonctionnent aujourd’hui qu’à 20 % de leurs capacités. Leur production ne bénéficie pas aux villages alentours, toujours dans le noir, ni vraiment au reste du pays, dont le taux d’accès à l’électricité, de 6 %, est le plus faible d’Afrique : « Elle est vendue aux pays frontaliers », déplore Avocats verts, une ONG congolaise. Quant aux populations qui vivaient sur le site, elles ont été expropriées sans compensation.

L’histoire pourrait très bien se répéter. Augustin Mpoyi, du Conseil pour la défense environnementale par la légalité et la traçabilité (Codelt), craint que « les revenus issus de l’exploitation future du site d’Inga ne servent qu’à l’enrichissement d’une poignée de personnes », au détriment des intérêts de l’Etat et des populations. « Le projet comprend 10 000 km de lignes à haute tension vers l’Egypte, l’Afrique du Sud et le Nigeria, mais pas une seule ligne à destination d’une communauté privée d’électricité », s’inquiète Terri Hathaway, de l’ONG américaine International Rivers. « Pourquoi vouloir construire un barrage encore plus gros si les problèmes de fonctionnement et de gestion des précédents ne sont toujours pas résolus ? » demande-t-elle. Selon elle, avant d’aller plus loin, il faut réhabiliter et adapter Inga I et II aux besoins des populations, comme le prévoit un prêt de 500 millions de dollars de la Banque mondiale, et s’assurer que les budgets sont gérés correctement .

« Revendications ». Inga I et II « n’ont pas encore contribué à améliorer la qualité de vie de la population vivant dans l’hinterland [arrière-pays] de Inga, ni l’environnement », reconnaît Latsoucabé Fall. Mais il assure que le CME milite pour l’adoption d’un « plan de gestion social et environnemental », qui pourrait éviter les mêmes problèmes avec Grand Inga. « Si l’Afrique n’a pas de gens capables de se projeter en avant et de réaliser des projets d’envergure tels que Grand Inga, qui peuvent être profitables à tout le continent, elle ne pourra jamais se développer », estime le CME. Il faut absolument profiter de « l’amélioration de la situation politique en RDC » pour faire avancer le projet, martèle-t-il. « Nous ne pourrons apporter notre adhésion aux projets de développement du site d’Inga que si les revendications et la voix des populations sont prises en compte, ce qui est aujourd’hui loin d’être le cas », répondent les organisations de la société civile


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Publié sur OSI Bouaké le lundi 11 août 2008

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RDC : Sur le fleuve Congo, un projet de barrage géant pas très populaire
11 août 2008, par Sand   [retour au début des forums]

On peut déjà anticiper le genre de catastrophe écologique que cela prépare, en se basant sur l’expérience haïtienne décrite par paul Farmer (un exemple parmi d’autre). Extrait : " Do Kay est sorti de terre voici bientôt quarante ans quand le plus gros barrage du pays a inondé une vallée fertile, chassant les paysans sur les collines environnantes. Jusqu’en 1956, les habitants du village de Kay, au bord de la rivière Artibonite, menaient une vie dont ils se souviennent aujourd’hui comme idyllique : sur les rives en pente douce, ils cultivaient en abondance riz, bananes, millet, maïs et canne à sucre, qu’ils vendaient sur les marchés locaux. L‘inondation de la vallée refoula la population vers les coteaux plus abrupts, de chaque côté du réservoir. Kay se divisa en deux : Ba Kay, dans le bas, installé sur les nouvelles berges, et Do Kay, perché sur la crête des collines arides. Aujourd’hui, les deux parties de Kay vivent dans une pauvreté extrême, quels que soient les indices utilisés pour la calculer. Les habitants les plus âgés accusent le barrage de leurs malheurs et notent avec amertume qu’il ne leur a donné ni eau ni électricité." Certes, sur les bords du fleuve kongo, c’est pas l’idylle... Mais qui pourrait croire qu’il existe la moindre préoccupation de la part de l’ensemble des pouvoirs nationaux et internationaux pour développer le bien-vivre de la population ? Cette partie du monde est la réserve mondiale des ressources dont nous avons besoin, pourquoi ne pas continuer à la saigner ?

[Paul Farmer (1996), Sida   en Haïti : la victime accusée, Paris : Karthala, Coll. Médecines du Monde]