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Quand les éléphants craquent



Revue Canopée - Mars 2007 - Fabrice Nicolino - Les éléphants sont-ils en train de devenir fous ? C’est la question que se pose le grand journaliste américain Charles Siebert dans un article récent (1). Après un long voyage, en particulier en Ouganda, il revient persuadé que les relations entre pachydermes et humains basculent.

Les signes ne manquent pas : partout en Afrique, mais aussi en Inde et dans le sud-est asiatique, les éléphants tuent de plus en plus d’hommes et dévastent leurs cultures. Dans le seul État indien d’Assam, 605 personnes ont été tuées en 12 ans, dont 239 depuis 2001. Le phénomène est si marquant que les scientifiques ont forgé un nouveau concept pour mieux le comprendre, appelé Human-Elephant-Conflict (HEC).

Certains éléphants, comme en Afrique du Sud, en arrivent à tuer d’autres animaux comme les rhinocéros. En somme, nous sommes passés d’une coexistence relativement pacifique à ce qu’il faut bien appeler une guerre. Les raisons les plus évidentes sont connues de tous : les braconniers ont prélevé des centaines de milliers d’animaux au cours du vingtième siècle, et les villageois ont détruit massivement les grands habitats de ces animaux, comme la forêt ou la savane.

Mais une étude publiée dans la revue Nature en 2005, Elephant Breakdown, ajoute de très étranges éléments. Selon ses auteurs, les sociétés humaines ont infligé aux sociétés d’éléphants un traumatisme comparable à celui que subissent les victimes de conflits, en Bosnie ou au Rwanda. Les éléphants, surtout les jeunes, connaissent un stress chronique et ne sont plus capables de vivre normalement en groupe. D’ailleurs, les “ familles ” d’éléphants, cruciales pour l’éducation des jeunes, sont désormais le plus souvent disloquées. Comme chez nous dans certaines régions ou pays. Une preuve de plus, selon les neurobiologistes, que certains phénomènes traversent la barrière des espèces.

Les éléphants sont en réalité plus proches de nous que nous l’avons longtemps pensé. Ils connaissent ainsi des rites de deuil et d’enterrement impressionnants, qui les poussent à “ visiter ” les sépultures de leurs morts pendant des années. Et les vivants entretiennent entre eux des relations d’une grande complexité. Lorsqu’un animal souffre, par exemple, tout le troupeau le ressent aussitôt. Et en cas de menace imminente ou de mort d’un membre du groupe, les éléphants échangent à distance des messages subsoniques, trop subtils pour nous puissions les entendre. Comment faire la paix avec eux ?

(1) An Elephant breakdown ? New York Times, 10 octobre 2006

Photo : (c) National Geographic/Anup & Manoj Shah


VOIR EN LIGNE : Planète Sans Visa
Publié sur OSI Bouaké le jeudi 4 novembre 2010



Quand les éléphants craquent
6 novembre 2010, par Sand   [retour au début des forums]

C’est remuant. Les éléphants sont des animaux sociaux, capables d’empathie. Dès lors, il n’est pas impensable qu’ils soient vulnérables au traumatisme. Les réactions post-tm à moyen terme sont connues dans les groupes humains, et produisent de nouvelles violences collectives. La théorie de Charles Patterson (Un éternel Tréblinka) est que la différenciation en deux règnes ’humain et animal’ est une construction qui vise à réifier l’animal, à le différencier de l’homme pour que ce dernier puisse le tuer ou l’exploiter sans trop d’états d’âmes... Alors pourquoi pas des éléphants traumatisés ? Maintenant, il va falloir réfléchir au traitement possible... Je crains que cela ne se règle tout simplement par leur disparition.