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Life, above all



Afrique du Sud, comment ça va (très mal) avec le virus

Mathilde Blottière - Télérama - 20 mai 2010 - De la compétition officielle aux sélections parallèles, les films présentés à Cannes nous promènent aux quatre coins d’un monde dans tous ses états. Chaque jour, nous demandons à un cinéaste de nous détailler le regard que son film porte sur l’actualité, la nature, le décor ou l’histoire de son pays. Aujourd’hui, Oliver Schmitz, réalisateur de “Life, above all” (Un certain regard), qui montre les ravages du sida   dans un village

Oliver Schmitz, cinéaste sud-africain de 41 ans, présente son film, Life, above all, dans la section Un certain regard. Ce beau mélo raconte le combat d’une adolescente contre deux virus, également mortels : le sida   et la rumeur. Une plongée bouleversante dans une petite communauté d’Afrique du sud, entre archaïsme et solidarité.

« Ce qui m’a le plus ému dans le livre d’Allan Stratton, Chanda’s secrets, c’est la relation mère-fille qu’il décrit. Et le regard que porte la jeune fille sur son environnement. Chanda doit faire face à la maladie de sa mère, s’occuper de ses jeunes frères et sœurs et combattre les préjugés de sa communauté. Elle est contrainte de prendre des responsabilités qui ne sont pas de son âge. Avant même de savoir qui elle est, elle doit endosser un rôle de mère. Et c’est bouleversant. Dans le roman, elle a 16 ans, dans le film, elle n’en a que 13, car lorsque je me suis mis en quête d’une actrice, je me suis rendu compte que la plupart des adolescentes sud-africaines font plus que leur âge et semblent déjà tout connaître de la vie. Leur part d’enfance et leur innocence se sont évanouies bien avant qu’elles ne rentrent dans l’âge adulte, comme si elles grandissaient plus vite qu’ailleurs. »

« Le roman se déroule dans le sud de l’Afrique mais on ne sait pas exactement où. Je voulais situer le film dans un endroit très spécifique car le particularisme est paradoxalement l’un des meilleurs vecteurs d’universalité. Dans le même souci d’authenticité, la langue du film n’est pas l’anglais mais le pedi, un très beau dialecte local. J’ai tourné à Elandsdoorn, un village situé à 200 kilomètres au nord-est de Johannesburg, dans la province du Mpumalanga, sur la route du Mozambique. C’est une zone suburbaine, avec des quartiers résidentiels, des espaces verts, un endroit très classe moyenne. C’était important que l’histoire se déroule dans ce cadre-là, et non dans un bidonville, car le sida   frappe sans distinction sociale, même si les populations pauvres sont évidemment les plus fragiles. Dans ce village, les gens ont gardé des valeurs traditionnelles, les croyances et les superstitions sont restées fortes, ainsi que les liens entre les membres de la communauté. La pression sociale est extrême. Tout le monde se connaît et se regarde vivre. Le mot sida   est tabou là-bas. C’est une maladie honteuse, une punition divine qu’il faut garder secrète. Dans d’autres pays d’Afrique, cela ne se passe pas comme ça, mais en Afrique du Sud, ce réflexe social fait encore des ravages. »

« Mon pays a été l’un des plus affectés par le sida   dans la dernière décennie. Même si la situation a tendance à s’améliorer, l’espérance de vie a chuté en-dessous de 40 ans. Les enfants sont probablement la catégorie de la population qui souffre le plus de l’épidémie, car ils se retrouvent très jeunes orphelins, et livrés à eux-mêmes, sans aide ni encadrement. En Afrique du Sud, leur nombre est estimé à environ huit cent mille. Ce phénomène a un impact sur l’ensemble de la société, et bien sûr sur l’avenir de ce pays à travers les jeunes générations. Quant aux malades du sida   eux-mêmes, ils sont parfois, en plus du virus, victimes de la cupidité de certains. Je ne parle même pas des gros labos pharmaceutiques, mais de nombreux médecins véreux, comme celui que l’on voit dans le film. Ils proposent des pseudo-traitements, très chers, à des patients qui cherchent de l’aide, et se font de l’argent sur leur agonie. A l’hôpital, ce n’est pas brillant non plus : pendant très longtemps, le gouvernement faisait obstruction à l’accès aux soins, allant même jusqu’à prétendre que les traitements fournis étaient mauvais pour la santé. Même si la situation s’améliore un peu aujourd’hui, cela reste très compliqué de se faire soigner dans de bonnes conditions. J’ai essayé de le montrer dans le film en faisant allusion à la liste d’attente sur laquelle Chanda doit inscrire sa mère pour espérer la faire soigner. »

« Dans le cinéma sud-africain, le sida   est un thème à part entière. Il y a quelques années, Darrell Roodt en faisait le cœur de Yesterday, qui avait été sélectionné pour l’oscar du meilleur film étranger. Plus récemment, deux ou trois films plus modestes évoquent eux aussi le problème du sida  , mais je ne les ai pas vus. C’est un sujet impossible à ignorer tant la maladie affecte la société sud-africaine. Ce serait prétentieux de penser qu’un film peut suffire à changer les mentalités, mais je suis convaincu qu’en touchant les gens d’un point de vue émotionnel, le cinéma peut du même coup maintenir une question en lumière. Cela dit, Life, above all n’est pas un film sur le sida  , le genre “œuvre à cause” : ce serait réducteur de le voir comme cela car j’espère qu’il est suffisamment romanesque pour parler à tout le monde et poser des questions plus larges. »


Publié sur OSI Bouaké le vendredi 21 mai 2010



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Life, above all
21 mai 2010, par didier   [retour au début des forums]

pas encore vu...(forcément je ne suis pas invité à Cannes), peut être un brin trop mélo ? je laisse ceux qui le verront nous faire des commentaires...