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Khmers rouges : le génocide oublié des Chams musulmans du Cambodge



AFP - Chraing Chamres - Il y a trente ans, prier Allah au Cambodge envoyait directement à la mort. Aujourd’hui, les Chams musulmans du pays nourrissent l’espoir que ce génocide oublié, noyé dans le torrent des horreurs des Khmers rouges, trouve sa place dans l’Histoire.

Chefs religieux exécutés, massacres de masse, mosquées détruites, corans brûlés, interdiction du foulard, musulmans forcés à manger du porc : les membres de cette minorité musulmane "étaient systématiquement et méthodiquement visés et tués", affirme l’acte d’accusation contre les quatre plus hauts responsables du régime marxiste encore vivants, actuellement jugés par le tribunal international de Phnom Penh.

Personne ne sait exactement combien de Chams sont morts. Mais selon le Centre de documentation du Cambodge (DC-Cam) qui enquête sur cette période, 100.000 à 500.000 sur 700.000 ont péri entre 1975 et 1979.

Zakaria Bin Ahmad, lui, a survécu. "Les gens essayaient toutes sortes de subterfuges pour prier. Parfois quand ils conduisaient une charrette à boeufs (...), parfois dans la jungle quand nous demandions d’aller faire nos besoins, parfois quand nous nous lavions".

Mais cet homme de 61 ans se rappelle surtout de ceux qu’il n’a jamais revus. "Beaucoup ont été tués", raconte-t-il calmement dans sa modeste maison construite à l’ombre du dôme bleu de la nouvelle mosquée de Chraing Chamres, fierté de la ville.

Alors les Chams espèrent obtenir justice. "Nous soutenons totalement le procès (...), pour dire ce qui s’est passé sous le régime de Pol Pot", le "frère numéro un" mort en 1998, insiste Sales Pin Apoutorliep, leader religieux —ou hakem— de la mosquée de Chraing Chamres.

"Maintenant, nous pouvons raconter notre histoire", ajoute-t-il, précisant avoir perdu à l’époque ses parents et quatre de ses frères et soeurs.

Lors de ce procès historique, suspendu jusqu’en août et qui devrait durer des années, l’idéologue du régime Nuon Chea et trois autres cadres sont jugés pour la mise en oeuvre méthodique d’une utopie marxiste délirante qui a tué d’épuisement, de famine, de maladie ou à la suite de tortures et d’exécutions, quelque deux millions de personnes.

Ils doivent répondre de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

Mais les Khmers rouges n’avaient pas l’intention de rayer le peuple cambodgien de la carte. Les massacres, fussent-ils de masse, des Khmers par les Khmers ne sont donc pas considérés par les Nations unies comme un génocide.

Le terme s’applique en revanche aux 20.000 victimes vietnamiennes et aux Chams. Et il a le mérite d’avoir fait sortir de l’ombre un destin tragique mais longtemps négligé.

"Dans le passé, il y avait peu de référence à la souffrance des Chams sous le régime khmer rouge", rappelle Farina So, experte au DC-Cam. "Il n’y a pas eu beaucoup de recherches sur les souffrances des Chams (...). Ils ont besoin de la reconnaissance de la population".

Aujourd’hui libres de pratiquer le culte, les Chams sont environ un demi million au Cambodge, pour la plupart sunnites.

"Ils ont reconstruit les mosquées, ranimé leur identité religieuse et ethnique, ils ont ouvert des écoles islamiques et enseigné l’islam", souligne Farina So. "Ils essaient de surmonter ce traumatisme mais c’est un processus lent".

La blessure est vive aussi pour les plus jeunes, qui n’ont pas vécu cette période. Comme Yakin El, 24 ans, belle-fille de Ahmad.

"Je suis contente que la souffrance des Chams soit abordée lors du procès", explique-t-elle, se rappelant avoir été "choquée" en apprenant, petite fille, le calvaire vécu par ses proches.

"Je ne peux pas l’oublier parce que la plupart des musulmans ont été tués à cette époque", poursuit la jeune femme en robe traditionnelle et foulard assorti. "Nous devons nous souvenir d’eux".


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Publié sur OSI Bouaké le lundi 18 juillet 2011

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Khmers rouges : le génocide oublié des Chams musulmans du Cambodge
18 juillet 2011, par didier   [retour au début des forums]

L’histoire des Chams est des plus complexes qui soit. A l’origine c’est un des peuples venus d’Inde à partir du 2° siècle et qui contribua à l’indianisation de la péninsule indochinoise. Hindouistes, matrilinéaires, ils établirent et régnèrent sur le royaume de Champa jusqu’au 12° siècle environ, sur un territoire qui correspond à peu prêt aujourd’hui au sud du Vietnam. En guerre permanente contre leur voisins Khmers (au Cambodge) et plus tard les Viets (nord du Vietnam), le royaume de Champa disparait aux 12°, 13° siècles et est annexé à l’empire khmer. Ayant la même religion que les khmers, certains d’entre eux se sont rapidement assimilés et c’est en partie en résistance à cette assimilation et pour préserver leur identité ethnique qu’une partie des Chams s’est islamisée, sous l’influence des indonésiens et des malais. A cette époque les bouleversements sont nombreux dans la région puisque c’est également au 13° siècle que les khmers abandonnant peu à peu la religion hindouisme pour deviennent majoritairement bouddhistes. Sous le régime des Khmers rouges, c’est justement "par" l’Islam qu’ils furent persécutés. Aujourd’hui les Chams musulmans, bénéficient aujourd’hui au Cambodge d’une discrimination positive de la part du gouvernement cambodgien (la construction récente de la grande mosquée de Phnom Penh en atteste) et reçoivent le soutien de nombreux pays musulmans. J’ai lu que la communauté Cham, subit de ces pays certaines pressions pour intégrer un islam plus "conforme", en effet l’Islam pratiqué par les Chams est à l’image de leur histoire et mêle encore aujourd’hui des influences, hindouistes, bouddhistes, voire Taoïstes, et ressemble même par certains aspect plus à un syncrétisme...